De mon point de vue, le rôle du médiateur est d’accompagner le public dans la réception de l’œuvre d’art. Je pose comme postulat qu’un des chemins à suivre pour une véritable sensibilisation à la création artistique passe aussi par une initiation aux pratiques. C’est la prise en considération de l’expérience artistique et des fonctions qu’elle met en œuvre qui peut permettre la saisie du sens de l’objet artistique. Dans expérience artistique, j’entends aussi bien la mise en place d’un atelier de création autour d’une œuvre d’art, qu’une place donnée à la personne dans le processus créatif (à titre d’exemple, des artistes élaborent leurs œuvres autour de récoltes de paroles de la population) ; mais cela peut s’entendre également dans la mise en place de conditions permettant la valorisation de la parole du public face à la réception de l’œuvre d’art. Dans tous les cas, il s’agit pour le médiateur de redonner une place active au public, de lui permettre de faire des liens entre ce dont il est habité et ce qu’il éprouve face à l’œuvre, entre sa propre perception du monde et celle qui lui est donnée à appréhender à travers l’expérience artistique. La rencontre à l’œuvre se fait alors, en premier lieu, à partir des propres expériences du public et ne s’appuie pas exclusivement sur un discours qui repose sur l’histoire de l’art. La proposition est de faire de l’art un champ d’expérimentation, un endroit d’où on peut réinventer la vie.